Arnault Billy, président de la Commission Numérique en santé au sein du Numeum : « Le volet numérique du Ségur de la Santé est historique »

Numeum est l’organisation professionnelle de l’écosystème numérique en France. Elle soutient l’essor d’une filière française forte du numérique en santé.

Quelles grandes tendances observez-vous dans le domaine du numérique en santé ?

Il y a clairement un avant et un après Covid. Cela a été un booster colossal de l’e-santé : on a gagné 5 ans en éducation numérique ! Au plus fort du Covid, 70% des consultations se sont faites à distance. Avant le covid, seuls 0,1% des actes médicaux étaient à distance. Aujourd’hui, nous sommes entre 5 à 10%, selon les professionnels de santé. D’ici 2 à 4 ans, on devrait atteindre 15% de téléconsultations. Si elle n’est pas la solution miracle aux déserts médicaux, la démocratisation de la téléconsultation est l’un des moyens d’y pallier.

Parallèlement à cette maturité humaine des usages, les nouvelles technologies permettent ce développement, centrées sur l’expérience des usagers. L’enjeu est de ne pas oublier trop d’utilisateurs dans cette accélération. Éduquer et bien accompagner les professionnels de santé et les patients reste une priorité.

Quels sont les principaux défis à relever ?

Notre grand chantier est le Ségur de la Santé. L’argent qui va être investi dans l’e-santé est historique. Le cadre réglementaire et éthique est en train d’être posé et c’est une bonne chose. Attention toutefois à ce que la gestion administrative de ce cadre ne soit pas trop lourde et ne freine pas l’innovation.

Un autre défi est la gestion de données de santé, qui doublent tous les mois ! Comment les structurer, les formaliser, et les mettre au service du patient ? Certains pays sont plus avancés que nous dans ce domaine, mais la France et l’Europe ont une vraie légitimité à construire une filière européenne forte.

Grâce au numérique, on observe que la prévention progresse, alors que jusqu’à présent, elle était plutôt reléguée au second plan par rapport au soin.

On est désormais capable grâce à l’intelligence artificielle de détecter plus tôt des maladies rares ou des cancers. Ces détections précoces favorisent un meilleur taux de guérison ou une meilleure prise en charge.

Autre défi : accentuer le décloisonnement et la fluidité des échanges d’informations entre l’ensemble des acteurs de santé d’un territoire (hospitaliers, libéraux, médico-social, pharmacies…) pour mieux accompagner les patients. Le numérique est un allié puissant pour mettre en musique cette intelligence collective, cette entraide médicale.