Lydie Canipel, past-présidente de la Société Française de Santé Digitale (SFSD) : « le défi est d’aller vers des parcours alternés, pour une meilleure prise en charge des patients »

Quelles sont les missions de la SFSD ?

La Société Française de Santé Digitale est une société savante pluridisciplinaire et pluriprofessionnelle. Très tôt, elle a pensé à l’impact du numérique sur les métiers et sur les parcours de santé, pour améliorer la prise en charge des patients et répondre aux besoins des territoires. Notre objectif : développer les usages du digital en santé au bénéfice de tous, et dans le respect d’une déontologie sans failles.
Nous avons deux collèges : un collège télésanté qui réfléchit et accompagne le développement des bonnes pratiques, un collège numérique qui anticipe l’impact de l’innovation sur les pratiques professionnelles (intelligence artificielle, systèmes d’information, objets connectés, protection des données).
Nos missions sont multiples : former et accompagner les professionnels de santé et le citoyen pour qu’ils s’approprient la e-santé, être un interlocuteur privilégié des pouvoirs publics et des instances professionnelles, élaborer des préconisations (par exemple pour le Ségur de la Santé) et enfin, publier les référentiels du numérique, soutenir et développer la recherche en santé digitale et en pédagogie.

Quels sont les principaux enjeux de la santé digitale ?

La télésanté a fait un grand pas pendant la pandémie. Mais les praticiens ont souvent été déçus de la téléconsultation, faute d’organisations pertinentes mises en place, leur permettant d’exercer leur métier en toute sécurité et comme pour lequel ils ont été formés. En santé digitale, les métiers ne changent pas que l’on soit médecin ou professionnel du soin, c’est seulement le lieu d’exercice qui est déplacé. Cette communication à distance, nous obligent à repenser les prises en charge. Par ailleurs, le patient a changé : il est désormais gestionnaire de sa santé, un partenaire !
Le grand défi qui aujourd’hui s’ouvre aux professionnels de santé est la mise en place de parcours alterné (présentiel, distanciel), après avoir pris une décision partagée avec le patient et ce, pour atteindre les objectifs de soin. Le pas qui reste à franchir est de trouver les bons outils, adaptés aux exigences des usages pour continuer à exercer une médecine humaniste.
Par exemple, si le praticien a besoin de prendre la tension ou de pratiquer un électrocardiogramme, il peut avoir des assistants (infirmiers, pharmaciens, aidants…) exerçant auprès du patient. Cela ne peut se faire qu’avec des outils interopérables entre eux, des objets connectés et des messageries sécurisées.
Enfin, je vois deux sujets majeurs. Le premier est l’importance de la sémiologie : en télésanté, il est important d’être bien plus attentif aux mots et aux gestes du patient. Il nous faut mettre en place, dès la formation initiale, des socles de formations communs adaptés à tous les acteurs, et ne plus apprendre en silo. Il faut que ces formations centrées sur les métiers et non sur les outils permettent aux étudiants en santé de partager ces valeurs de l’humanisme en santé.
Un second sujet, faire évoluer les pratiques professionnelles. Cela veut dire repenser les rôles et les responsabilités de chacun, accepter un transfert de compétences pour optimiser la prise en soin. Nos métiers évoluent, ils ne seront plus les mêmes !

Numeum, est le syndicat professionnel de l’écosystème numérique en France regroupant 2 300 Entreprises de Services du Numérique (ESN), éditeurs de logiciels, plateformes et sociétés d’Ingénierie et de Conseil en Technologies (ICT)